26 Décembre 2080

Alors que j'entends le vombrissement du drone de livraison déposant ma lentille aux nouvelles sur le rebord de ma fenêtre, l'arôme de mon café salvadorien emplit ma cuisine. Encore heureux que les circuits P2P ont persisté après la Guerre des Surcoûts. Depuis le haut de la citadelle lilloise, je contemple le soleil se lever sur ce jour particulier - celui du dix-huitième halving.

Block 4 560 000. Le prix oscille autour des 12,5 millions de dollars depuis quelques années maintenant, et les mineurs du monde entier sont en compétition pour les 80 derniers bitcoins à obtenir de la coinbase. Les nouvelles défilent sur ma lentille : la Chine continue d'étendre son emprise sur le réseau grâce à ses barrages. Le Yangtsé alimente à lui seul près de 12% du hashrate mondial lors de la saison de pluie. Leur nouvelle route de la soie, pavée de blockspace et de transactions, s'étend maintenant jusqu'aux confins de l'Asie centrale, redéfinissant les échanges internationaux block après block. Les États-Unis, quant à eux, puisent dans leurs réserves accumulées entre 2025 et 2042 pour maintenir l'illusion de leur hégémonie. Leurs récentes alliances avec le Canada et l'Islande pour le partage du hashrate ne trompent personne - ils cherchent désespérément à contrer l'influence chinoise.

Une notification de ma petite-fille clignote dans le coin de ma vision. Elle supervise maintenant l'une des fermes de minage volcaniques du Salvador. Ses messages quotidiens me rappellent à quel point le monde a changé - son pays, autrefois considéré comme émergent, est devenu l'un des gardiens de l'équilibre du réseau.

Les titres défilent sur la lentille, un en particulier retient mon attention : "Nouvelle tentative de fork rejetée". Depuis des années le nombre de ce genre de forks malveillants ne fait qu'augmenter, comme le nombre d'individus qui se font avoir. Ces personnes donne aveuglement leur clé privée à des entités financières désireuses de restreindre la souveraintés en échange de titres de propriété IRL et dans le métavers. Quand je vois ce genre de tentative de s'accaparer la timechaine, je ne peux pas m'empêcher de repenser à l'Eternal Bitcoin Hard Fork (EBHF) de 2038. Celle ci se voulait comme la dernière des hard forks de bitcoin à travers trois piliers : l'implémentation d'algorithmes quantum-résistants, la correction du bug du timestamp, et surtout, la gravure du code source dans les blocs 1 680 000 à 1 680 014 - une innovation qui forçait désormais chaque nœud à valider sa conformité avec le code originel gravé dans ces blocs, rendant toute modification du protocole techniquement impossible sans un consensus total du réseau. L'idée de cette dernière m'était venue en regardant un documentaire sur les pyramides avec leur capacité à préserver l'information à travers les millénaires l'inscrivant à même leur structure

Voir, dans la cour en contrebas, des étudiants traversaient l'ancienne filature reconvertie me fait sourire. Je repense à l'époque où je pouvais encore la traverser en quelques foulées pour rejoindre les salles-visio pour débatre toute la nuit. Souvent dans le seul but de déceler les intentions et implications cachées derrière chaque BIP proposé; des tentatives sournoises d'introduire des mécanismes de censure ou de traçage sous couvert d'optimisations techniques, aux propositions authentiques et potentiellement bénéfiques pour le protocole.

Les nouvelles défilent : le Salvador renforce sa position de médiateur dans la guerre froide du hashrate. Leur neutralité, comme celle du Brésil, est devenue aussi précieuse que l'or noir d'autrefois. Et dire qu'on anticipait déjà cette situations dans nos discussions houleuses au réfectoire quand les premiers États ont commencé à nouer des alliances basées sur la puissance de calcul.

Les bidonvilles à l'horizon me rappellent le prix de l'entêtement européen. Leur euro numérique n'aura été qu'une tentative désespérée de maintenir un système déjà mort. Au moins, la citadelle reste un havre où le savoir se transmet, pour le code de la timechain reste neutre, et donc libre. En désactivant ma lentille, je pousse un léger soupir: malgré ma hanche en nanotube de carbone, je ressens quelques foutues douleurs fantômes. Rapidement mon entrain revient car dans quelques heures, le premier cours du cursus annuel de crypto-histoire débutera dans l'amphithéâtre. Ils étudieront ces moments cruciaux de notre Histoire, sans savoir que je faisais partie de cette équipe qui a implémenté l'EBHF. L'ironie de ce monde me fait sourire - tout comme le code est gravé dans la blockchain, certains souvenirs méritent d'être précieusement gardés.

Le soleil est maintenant haut dans le ciel. De jeunes développeurs s'installent déjà dans les jardins communautaires, leurs doigts dansant sur des claviers haptiques. Je me prépare pour ma journée, gardant pour moi ces souvenirs d'une époque où nous avons transformé Bitcoin en une forteresse quasi-imprenable, enfin je l'espère. Après tout, l'humilité a toujours été notre plus grande force.


Nouvelle inspirée de la fiction "Bitcoin 2080" de ProdEduStream et a été co-écrit avec Claude Sonnet 3.5 de Anthropic.